À propos

A notre époque, nous devons travailler au milieu d’injonctions paradoxales qui nous pourrissent la vie : faire vite, mais mieux ; réduire toujours les coûts, mais augmenter la qualité et la productivité ; innover et être créatif, mais suivre les processus, rester conformes à des normes. Les tensions sont intériorisées, nous avons le droit théorique à l’erreur, mais il faut des responsables à tout incident. Nous devenons des schizophrènes qui acceptent de se couler dans un moule qui change tout le temps. Ah oui, le changement ! Combien de fois entend-on qu’il faut être souple au changement ?

Je souhaite faire de ce blog un lieu non pas réactionnaire, mais où l’on peut se poser et faire un peu de résistance. Il ne s’agit pas de faire la révolution, mais de ne pas se laisser piéger. Pour Sylvain Tesson, la révolution n’est qu’un changement de propriétaire : « on se révolte, on chasse les salauds, on fait le ménage, puis on s’installe sous les ors, on se vêt des habits du potentat. » Ne soyons pas despotes, mais gardons notre liberté. Mettons un peu de distance avec la violence institutionnelle de notre société. Rions, dénonçons, vénérons parfois la lenteur plutôt que la vitesse, préférons parfois la tranquillité au mouvement, ne suivons pas toujours et quelquefois, renonçons.

Ce blog expose des réflexions ou des principes que je construis depuis quelques années. C’était à l’origine très personnel, mais j’ai décidé de les partager. C’est contestable, sûrement, mais l’intérêt est aussi de pouvoir les challenger, car c’est adaptable. C’est parfois à contre-courant de ce qu’on peut lire ou entendre ou observer ; je déteste les effets de mode ou les théories trop mainstream qui traduisent parfois plus une volonté de suivre ou de satisfaire des courants. C’est un blog « en construction » car la quête d’une vie harmonieuse est personnelle, empirique et évolutive.

Quand j’ai cherché un titre à ce blog, j’ai cherché un nom d’animal, dont la symbolique nous parle parfois plus : au chat l’indépendance, au lion la force et l’affirmation de soi, au loup l’intelligence vive… Il me fallait un nom qui « sonne ». Très vite, c’est la tortue qui s’est imposée à moi. J’aurais préféré un animal plus prestigieux en apparence, plus fort, plus beau, ce genre d’animaux qui en imposent : le lion, l’ours, le tigre… mais toujours la tortue revenait, lentement mais sûrement. La tortue, dans certaines cultures, notamment hindoues et chinoises, porte l’équilibre du monde. Elle nous ramène aux éléments naturels. Elle symbolise la sagesse, la détermination et l’art d’avancer sur son chemin malgré les obstacles ou les distractions. On lui associe bien sûr la longévité. Enfin, l’esprit de la tortue ouvre la voie à la paix (intérieure ou extérieure).

Il est là mon objectif. C’est cela que je souhaite partager. Comment être plus en harmonie avec soi et les autres, comment trouver notre sagesse, ralentir notre train de vie et de pensée, peut-être, et parfois être à contre-courant des exigences actuelles de vitesse et de changements perpétuels (sans pour autant y être réfractaire) ? La tortue nous aide à prendre du temps pour nous, à être calme dans les moments chaotiques, à avancer avec détermination et persévérance, à prendre le temps de regarder autour de nous, afin de trouver des solutions équilibrées et durables. La tortue symbolise un épanouissement qui se construit lentement et durablement. Dans cette époque qui valorise trop souvent l’affectation de l’inutile et nous ment sur ce qui est nécessaire, être une tortue sera une force, j’en suis sûr.

En esperanto, tortue se dit testudo et habitude se dit kutimo (prononcer « koutimo »). J’en parlerai, mais le cerveau humain (comme notre corps) se construit autour d’habitudes, certaines acquises inconsciemment depuis l’enfance. C’est pourquoi j’ai choisi d’appeler chaque principe ou réflexion de ce blog Kutimo. J’ai emprunté à l’esperanto des mots, car l’esperanto est une langue qui rejoint les principes que j’essaie de valoriser : simplicité et cohérence.

Je vous souhaite bonne lecture. J’espère que mes réflexions alimenteront les vôtres. Et inversement.